Every attitude, every gesture has to fight poverty and exclusion. There are many ways to act, regardless of our skills and availability. These messages, these testimonials reflect. Feel free to contribute.

Testimonies are published under the responsibility of the author. They are subject to validation: these will be published only if they comply, in form and substance the spirit of this day as defined in the International Charter for October 17.

 

Témoignages du Parlement des Inaudibles

Nous sommes les taches qui pourraient déranger les touristes

C’est curieux que l’on parle des gens qui dorment dans la rue dans la Ville où il y a le siège des Nations Unies, où on parle des droits humains. J’ai vécu trois mois au bord du Rhône. C’est difficile quand on cherche du travail.

Dormir, c’est un besoin vital, comme manger.

Quand toute l’énergie est prise pour chercher un endroit où dormir « correctement », c’est difficile.

Après, pour prendre une douche, tu dois prendre un ticket, faire la queue. Tout prend beaucoup plus de temps. Si tu as un appartement, le réveil, prendre une douche et un petit-déjeuner, prend moins de temps que défaire ton abri et ramasser tes affaires pour ne pas être repéré.

Nous sommes les taches qui pourraient déranger les touristes.

Les touristes ont plus de valeur que nous.

L’image de la ville est plus importante que les besoins vitaux des personnes en situation de précarité.

On est pauvres, on a des rêves à réaliser, et beaucoup à donner

Quand le logement n’est pas assuré, on doit toujours changer de place, négocier des chambres, ou des matelas pour pouvoir dormir et ne pas être à la rue.

Mais pour l’adresse c’est une autre histoire. Le possible employeur te demande toujours une adresse, si tu donnes une adresse « sociale », l’employeur ne t’accepte pas. Du coup, tu restes dans la misère.

Faciliter l’accès à un logement légal et un loyer juste pour les personnes qui cherchent du travail et qui auraient le droit de travailler, ça faciliterait l’intégration à la société genevoise.

On est pauvres, on a des rêves à réaliser, et beaucoup à donner.

On aimerait juste que le droit au logement et le droit au travail soit respecté.

Je rêve de partager des moments simples avec mes enfants

Dans ma vie, j’ai eu besoin de personnes qui étaient là pour m’épauler. Les difficultés étaient si grandes qu’elles m’ont fait oublier mes capacités et mes qualités.

Avant, je travaillais, j’arrivais à avoir des petits boulots, je m’en sortais. Ce n’était pas parfait, mais je croyais encore à une vie meilleure.

Mais à un moment, ma vie a basculé. J’ai perdu ma famille et avec elle tous mes repères. J’ai sombré.

A un moment, quelqu’un a cru en moi, et grâce à elle, j’ai pu reprendre contact avec mes enfants, le moteur de ma vie.

Je remonte une pente. Des fois je ne sais pas si j’arriverais ni où j’arriverais.

Je m’accroche à la confiance que ma nouvelle famille me fait même si ma vie est très dure. J’espère qu’un jour mon rêve de partager des moments simples avec mes enfants et de pouvoir travailler comme une personne normale se réalise.

Je n’aime pas quand on me met dehors des églises

C’est très difficile de vivre dans la rue. J’aimerai que toutes les personnes qui vivent dans la rue puissent dormir à l’abri. Pas seulement en hiver.

J’aimerai aussi dire à la police : « Laissez-nous tranquilles ! Nous ne sommes pas des voleurs ! Ne mettez pas tout le monde dans le même sac ! »

Je n’aime pas quand, par exemple, je rentre dans une église pour prier ou me reposer, et que des personnes me prennent par le bras et me mettent dehors juste à cause de mon apparence.

J’aimerai travailler et donner le meilleur de moi-même

J’ai 27 ans. J’aimerai avoir une vie meilleure pour ma femme, ma fille, et pour moi-même. Je connais la misère. J’aimerai travailler et pas rester toute la journée comme les adolescents en train de discuter dans les parcs.

Les fois où j’ai travaillé, je me suis senti valorisé. Mes collègues m’appréciaient beaucoup. J’ai beaucoup aimé la confiance que les responsables m’ont accordée.

Malheureusement, mon origine ne me permet pas d’avoir un contrat de longue durée.

J’aimerai changer ça. J’aimerai travailler et donner le meilleur de moi-même.

Il y a une grande ignorance quand on met tout le monde dans le même sac

On ne doit pas généraliser parce que on doit connaître chaque personne .Chez les marocains, chez les russes et chez les français, il y a des bonnes et des mauvaises personnes.

Pourquoi toujours on doit payer pour les erreurs des autres qui ont la même origine ? Il y a une grande ignorance quand on met tout le monde dans le même sac.

Plusieurs fois, on ne m’a pas laissé entrer dans une discothèque, parce que ils disaient : ceux de ma race ne font que voler.

Ce serait bien qu’on nous traite comme des êtres humains tout simplement

Quelquefois les propres immigrés déjà établis sont les plus racistes. Ils veulent te faire payer ce qu’ils ont vécu. Nous sommes dans un pays laïc. Et malgré cela, on fait des différences par rapport aux origines et aux religions. Un roumain, un arabe, un suédois et un anglais sont considérés totalement différemment. Ce serait bien qu’on nous traite comme des êtres humains tout simplement.

La police, c’est la première qui fait la différence. Juste pour le contrôle des papiers. J’aimerai savoir combien de fois un suédois est contrôlé à Genève. Des fois, pour un simple contrôle tu es déshabillé, et fouillé au corps. Sans aucune raison. Sans une seule explication. « C’est la loi » voilà tout ce qu’ils disent.

Témoignages recueilli le 14.10.2017.Parlement des inaudibles

Parlement des Inaudibles