Les personnes démunies interpellent le gouvernement

Petit récit du 17 octobre à Bangui

Le 17 octobre à Bangui a été une très bonne journée. Pas de pluie, pas de soleil trop fort, et surtout pas de troubles qui auraient dissuadé les gens de venir alors que nous avions eu quelques tirs dans les jours précédents.

A partir de plusieurs conversations, témoignages, un message collectif avait été bâti. Il en dit long de la vie et de l'espoir des gens d'ici.
Après la lecture de ce témoignage, de celui du Sénégal et celui des enfants rythmé par les couplets du chant freedom repris en choeur, on s'est partagé en trois groupes : Sous la paillote, les gens étaient invités à peindre des cercles de papier. Dans l'avenir, ces dessins seront repris pour décorer les fûts de récupération des eaux de pluie. C'était chouette de voir ensemble des personnes assez différentes, de différentes organisations.
C'était une belle manière de concrétiser la phrase du témoignage collectif : « les riches savent des choses. Mais ils ne savent pas toutes les choses. Nous les pauvres, on sait aussi des choses. Mais on ne sait pas tout. Il faut qu'on mette ces connaissances ensemble, et ça pourra marcher correctement ! »

On a aussi été reliés à un petit groupe de personnes de Liège, en Belgique. Au sein de ce groupe, un monsieur venait de se faire expulser de son logement l'avant-veille. Alors que Françoise Barbier lui avait suggéré de reporter notre échange, il lui avait dit « non, c'est pas parce que j'ai des problèmes que je pense pas aux autres ! ».
De cet échange, on retiendra en particulier la manière dont M. Parfait s'est senti concerné par la situation d'expulsion vécue par cet homme. Choqué, il disait : « Mais... on ne peut pas jeter une personne dans la brousse, la jeter dans l'eau... Une personne doit pouvoir être quelque part. Nous, dans notre mouvement, on ne jette personne ».
Et c'était fort d'entendre les gens de Liège dire que la semaine prochaine, ils allaient faire des démarches pour demander un relogement, et qu'ils diraient aux administrations concernées que même en Centrafrique, des gens trouvent choquant qu'on puisse être ainsi « jeté ».

Le troisième atelier, c'était pour regarder des extraits de la vidéo « la misère est violence », dans sa version en langue sango.

Un quatrième atelier réunissait quelques enfants : ils étaient peu nombreux car compte tenu de la « santé » du pays, tout le monde préférait ne pas se déplacer avec des enfants en cas de problèmes sur le chemin. On a juste lu quelques témoignages que la dizaine d'enfants actuellement réfugiés à la Cour avaient préparé et fait un petit atelier de coloriage du logo.

A la fin, on s'est retrouvé pour chanter « la vie est belle !», on a pu partager un repas, et chacun est reparti chez lui avec un exemplaire du témoignage de Centrafrique sous le bras.

Il y avait plusieurs personnes de la plate forme inter religieuse, des membres d'organisations de droits de l'homme, d'autres associations que nous avons connues sur les sites de déplacés... La vieille chèfe du quartier aussi, ainsi qu'un reporter du réseau des journalistes centrafricains pour les droits de l'homme, qui nous a consacré toute une émission.

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Article publié sur le site du Réseau des Journalistes pour les Droits de l'Homme

http://rjdh.org/les-personnes-demunies-interpellent-le-gouvernement/

Le monde célèbre ce 17 Octobre 2015 la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté et du refus de la misère. En Centrafrique, l’ONG Agir Tous pour la Dignité (ATD) Quart Monde, dénonce la marginalisation des familles pauvres.

« Malgré les efforts consentis dans les pays ou des progrès scientifiques ont été réalisés pour atteindre les Objectifs du Millénaires pour le Développement, la discrimination et les inégalités ont augmenté », alerte Joël Karpandji membre du mouvement ATD Quart Monde.

« Nous qui vivons dans une extrême pauvreté, on est toujours rejeté par les autres à cause de nos habits déchirés, même au niveau de la justice, nous n’avons pas de considération », a dénoncé pour sa part Louise Mokonou, membre de cette structure nationale.

Des activités ont été organisées pour la célébration de cette journée. Selon les membres de ATD Quart Monde, l’objectif est d’interpeller le gouvernement et ceux qui sont riches de prêter attention aux personnes démunies car ils peuvent contribuer au développement du pays.

Le thème retenu sur le plan international pour cette journée est, « construire un avenir durable, s’unir pour mettre fin à la pauvreté et la discrimination ».