Every attitude, every gesture has to fight poverty and exclusion. There are many ways to act, regardless of our skills and availability. These messages, these testimonials reflect. Feel free to contribute.

Testimonies are published under the responsibility of the author. They are subject to validation: these will be published only if they comply, in form and substance the spirit of this day as defined in the International Charter for October 17.

 

LA MISERE POUR LES NULS
C’est quoi la misère ? Globalement, c’est n’avoir aucun pouvoir et ne pas avoir d’argent. C’est quoi de ne pas avoir d’argent ? Visiblement, c’est ne pas être reconnu dans la société, c’est ne pas avoir de statut. C’est quoi ne pas avoir de statut ? C’est marcher sur un fil, toujours plus haut, toujours plus fin, toujours plus fragile. C’est rencontrer le néant. C’est côtoyer le mépris et la condescendance. C’est sauver les apparences. C’est se sentir en échec. C’est vivre condamné. Jugé. C’est ne plus connaitre ses droits. C’est partager un problème avec des millions de personnes et ne pas pouvoir en parler avec des millions de gens. C’est quoi ne pas pouvoir en parler avec des millions de gens ? C’est un état indicible. C’est un subtil mélange de honte, de vulnérabilité, d’angoisses, d’humiliations et de soucis. C’est savoir qu’il y a autant de récits possibles que de personnes touchées. C’est donc se demander si la singularité de notre histoire est légitime. C’est alors comparer sa propre misère à celle des autres et s’interroger sur un rassemblement potentiellement réalisable. C’est ne plus pouvoir distinguer qui est quoi. C’est visualiser des cloisons qui nous entourent. C’est se noyer dans la masse. C’est être tellement isolé, piétiné et gêné qu’on en perd les mots. C’est quoi être tellement isolé, piétiné et gêné qu’on en perd les mots? C’est se taire, c’est se priver, c’est vivre dans une jungle, c’est ne pas aller en vacances, c’est inventer des excuses, c’est un engrenage, c’est ne pas manger ce qu’on veut, c’est ne pas bouger comme on veut, c’est ne pas dormir quand on veut, c’est compter, c’est ne jamais se sentir à sa place, c’est jouer sa dignité, c’est se censurer, c’est en chier. C’est quoi en chier ? C’est se sentir jeté et rejeté. C’est avoir l’impression de chaque jour faire le deuil de soi, de ses rêves, de ses ambitions. C’est une crise d’angoisse à la mer. C’est parfois un ciel qui pèse trop lourd. C’est l’interdiction de tomber malade. C’est l’interdit bancaire. C’est ne pas avoir le temps de se plaindre. C’est, avant d’avoir du mal à finir le mois, avoir du mal à le commencer. C’est aller à la piscine quand c’est gratuit et mieux visualiser ce que c’est d’avoir la tête sous l’eau. C’est souvent expirer et rarement souffler. C’est chaque jour se battre pour ne jamais inspirer la pitié et toujours garder l’espoir. C’est quoi toujours garder l’espoir ? C’est garder une musique, un rythme. C’est préserver la dérision. C’est conserver la confiance. C’est se détacher des biens et s’attacher au bien. C’est penser, un mal pour un bien. Un tant pis pour un tant mieux. C’est quoi un tant pis pour un tant mieux ? C’est ne plus avoir peur. Ni des autres, ni du rien. C’est ne plus avoir peur de manquer.  C’est ne plus se raconter d’histoires. C’est chercher un autre courage. C’est trouver un tant pis je suis pauvre mais, tant mieux je touche à l’essentiel. C’est quoi tant mieux je touche à l’essentiel ? C’est la survie. C’est trouver la force de s’enrichir malgré tout. C’est se sentir riche en étant démuni, se sentir fort en étant vulnérable, se sentir libre en étant enfermé. C’est quoi se sentir libre en étant enfermé ? C’est changer les codes. C’est avancer. C’est rester simple. C’est trouver l’abondance ailleurs et voir la misère autrement. C’est saisir l’ampleur de la pauvreté dissimulée. C’est toucher à la magie de la vie, à quelque chose qu’on ne trouve ni à l’extérieur, ni très loin, mais au fond de soi. C’est quoi au fond de soi ? C’est un autre fond que celui qu’on propose, c’est un fond qui a du fond. C’est un fond précieux. C’est toucher un trésor que personne ne peut corrompre, c’est trouver une joie que personne ne peut gâter. C’est quoi une joie que personne ne peut gâter ? C’est la joie de vivre. C’est quoi la joie de vivre ? C’est un sourire quand on la prononce. Mais alors, c’est quoi la misère pour les nuls ? C’est l’illusion de croire qu’on y a échappé parce qu’on a du pouvoir et/ou de l’argent.
elsa levy